Thabang Tabane – Matjale

Label : Mushroom Hour Half Hour
Date : 14 septembre 2018
Mission : Relations presse

Après le choc provoqué par la découverte du guitariste et chanteur Sibusile Xaba, le label sud-africain Mushroom Hour Half Hour nous permet enfin d’entendre le premier album du percussionniste Thabang Tabane qui apporte sa sensibilité et son groove au Malombo, genre que son père, le regretté Philip Tabane, a créé.

Matjale voit Thabang Tabane prendre la place qui lui revient dans une lignée prestigieuse. Avec ce très attendu premier album, le percussionniste montre l’influence indélébile de la musique de son père le guitariste de légende Philip Tabane qui vient de disparaître et qui fut à l’origine du style Malombo – tout en imprimant sa marque

Guidé par une philosophie farouchement indépendante et nourri par la spiritualité africaine à la base de cette musique, il reprend ce glorieux héritage à son compte, aux côtés du guitariste Sibusile Xaba qui a sorti le très remarqué Unlearning/Open Letter to Adoniah l’an passé. Les deux musiciens définissent ainsi de nouvelles et passionnantes directions pour la musique sud-africaine.

L’album dans son ensemble est porté par un sens instinctif, inné du groove. Sur ‘Ngawananga’, par exemple, la simplicité est la clé : la mélodie insistante et répétitive est soutenue par les lignes de basse et de guitare de Thulani Ntuli et Sibusile Xaba. Sur ‘Bengekho’, le jeu est plus intense, le tempo plus rapide, mais l’approche qui repose sur des phrases lyriques répétées et un entrelacement de la mélodie et des percussions est tout aussi direct.

Tout a commencé avec Philip Tabane et son groupe, The Malombo Jazzmen. Dans le township de Mamelodi, aux abords de Pretoria, au début des années 60, ils ont affiné leur approche et défini leur son pendant quelques années. Résolument indépendante, leur démarche était une riposte implicite aux styles de jazz euro-centrés alors populaires dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Le nom fait référence aux percussions Malombo qui, contrairement aux batteries de la musique occidentale moderne, sont le socle de chaque composition.

Même si elle a longtemps été sous le radar, c’est une tradition qui a eu plusieurs vagues d’influence sur la musique mondiale. La formation du groupe a évolué et de nouveaux disciples (en particulier les Malombo Jazz Makers) propagèrent la bonne parole à Londres et dans le reste de l’Europe. Pendant les quelques années que Philip Tabane a passé aux Etats-Unis, Miles Davis fera partie des nombreux musiciens à vouloir jouer avec lui une offre que Tabane, comme beaucoup de fans sud-africains de Malombo le savent, a refusé.

Jusqu’à sa mort à l’âge de 84 ans le 18 mai dernier, Thabang a partagé une maison avec son père dans le township de Mamelodi, qui est devenue de facto le temple du Malombo. Interrogé sur les relations qu’il entretient avec ses aînés, Thabang parle d’une entente créative qui se passe de mot. “Nous ne nous sommes jamais assis pour parler de musique”, dit-il. “Nous nous connections spirituellement. Pour moi, ça a toujours été ainsi. Avec mon père, ma mère, ma grand-mère qui était guérisseuse nous avons toujours eu une connection à un niveau spirituel”.

Alors que Thabang joue de la musique professionnellement depuis l’âge de huit ans, il lui aura fallu plusieurs années pour trouver un vecteur le label Mushroom Hour Half Hour pour diffuser sa musique. Se remémorant ses précédentes expériences dans l’industrie musicale, il se souvient que son état d’esprit commercialement désintéressé lui a valu des rencontres violentes. “Tu rentres dans un studio avec quelqu’un qui ne connaît rien de ta musique, qui ne sait pas ce que tu ressens à propos de ta musique, qui ne connecte pas avec toi” raconte-t-il. “Et puis cette personne veut que tu commences à jouer et te donne des directives arbitraires”.

Après une longue pause loin des studios, il travaille désormais avec le label basé à Johannesbourg qui a installé son studio mobile dans la maison Tabane et lui a donné toute la liberté créative dont il avait besoin pour faire l’album qu’il voulait.

“Malombo” est un mot qui vient de la langue Venda, l’une des onze langues officielles d’Afrique du Sud. On l’utilise pour parler des esprits et du sacré. C’est une idée qui est à l’origine de l’approche musicale de Thabang qui puise dans la spiritualité la plus enracinée et se nourrit de l’étude attentive de la musique de ses aînés.

Il explique comment sa grand-mère, Matjale (qui prête son nom à cet album), lui a inculqué une sensibilité plus large et plus centrée sur le partage : “Pour moi, la musique n’a rien à voir avec ce que tu joues. Ma grand-mère était musicienne mais ne jouait aucun instrument. On pouvait entendre de la musique dans la façon dont elle nous disait des choses. Si on avait l’oreille musicale, on pouvait retranscrire ses histoires en musique”.

Des chansons telles que la ballade ‘Ke Mmone’ (dont les paroles sont empruntées à une chanson de Philip Tabane) ou la plus rythmique ‘Thuli (Mama)’ (que Thabang a écrit pour sa mère), portent en elles l’écho de plusieurs générations. Thabang Tabane brasse les différents courants créatifs qui ont parcouru Mamelodi, l’endroit où il a vécu toute sa vie. Résumant la philosophie qui sous-tend toute sa musique, il estime que “pour connecter avec le monde, nous devons apporter ce que nous connaissons”.