Sourdure – L’Esprova

Date de sortie : 25 mai 2018
Label : Les Disques du Festival Permanent
Mission : Label management

Cela fait plus de mille ans que, de génération en génération, la création occitane revêt de nouvelles formes. Sous les mains d’Ernest Bergez, alias Sourdure, on la retrouve ici baignée de musique concrète, de synthèse modulaire et de bruitismes avant-gardistes. A travers les câbles, les répertoires populaires se font fantômes électriques. Mystérieux, à la lumière d’une lune claire. Souillés, par la terre de laquelle ils renaissent. Puis disséqués, une fois jetés dans le bal des esthétiques.

Réinventer la tradition : en France, la tâche est grande. Redonner aux folklores, ces témoins du grand laboratoire des peuples, la place qui leur revient, Ernest Bergez s’y attelle depuis quelques années déjà. Avec une belle sincérité. Après avoir découvert le trésor qui gisait là, à ses pieds. Les mêmes pieds qui se mettront ensuite à battre la mesure pour appuyer, à travers chants, les étincelles du violon. Ainsi, tout en piétinant les binarismes paralysants, la musique se révèle, ambiguë, sur un fil. On y écoute le souffle des capteurs et des bandes magnétiques. Dans une fragilité érigée en savoir-faire. Comme pour mieux raconter les soubresauts de la mémoire, et dessiner de nouveaux imaginaires… L’histoire d’un apprentissage en somme, d’un saut dans le vide, d’une Espròva. Car depuis l’Auvergne, l’aventure Sourdure propose finalement de colmater la brèche toujours béante, ouverte à la faveur d’une hégémonie culturelle, entre les mondes savants et populaires. Sans se donner des airs de grands soirs, non, mais plutôt en révélant patiemment ce que l’expérience du quotidien offre de plus atemporel.

Sous le nom de Sourdure, Ernest Bergez développe un travail sonore hybride, à la croisée des chemins entre expérimentation et musique traditionnelle. Prenant le répertoire traditionnel du Massif Central comme matière première, il combine le violon et le chant à des dispositifs électroniques. Airs à danser et chants en Occitan ou en Français sont digérés et fondus dans de formes personnelles et bricolées. Sur disque comme en concert, la podorythmie, battue des pieds accompagnant les airs à danser, prend une place centrale. Coeur vivant du dispositif électronique, c’est cette battue qui fait avancer les séquences électroniques. L’objet traditionnel devient un objet expérimental et l’imprégnation une forme d’écriture.